« Marie » a rassemblé 160 chrétiens, catholiques et protestants, au temple du Change à Lyon, le 16 juin, pour une soirée « Regards croisés sur Marie » proposée par le Comité diocésain à l'oecuménisme, l¹Eglise réformée de Lyon et les Editions Olivétan.
Le pasteur Henri Fischer, directeur des Editions, a présenté le livre récemment paru chez Olivétan « Un autre regard sur Marie » de l¹historienne Nicole Vray. Cet ouvrage étudie la manière dont s'est forgé le personnage de Marie au fil des siècles, des débats, des guerres, des évolutions de l¹art.
Comment Marie, adolescente du Proche Orient, est-elle devenue « Vierge de conception Immaculée » ? Puis le Père Beaupère, dominicain, qui a collaboré à l¹ouvrage sur Marie du groupe des Dombes (groupe de réflexion composé de théologiens pour moitié catholiques, pour moitié protestants) a apporté son regard de théologien catholique, et la bibliste de l¹Eglise réformée régionale, Nicole Fabre, son regard de théologienne protestante.
Henri Fischer a souligné qu'au temps de la Réforme, Marie n¹était pas source de conflits ! Luther, s¹il met de côté l¹Assomption, n¹exclut rien d¹autre concernant Marie, et fait même un remarquable commentaire du Magnificat.
Zwingli respecte l¹Angelus, qui évoque l¹Annonciation, et même l¹Assomption.
Pour Calvin, enfin, l¹aspect historique de « Marie vierge » est essentiel.
Au Concile de Trente, le sujet n¹a pas été abordé. Par la suite, le clergé lié à Marie luttera pour maintenir le catholicisme, en plaçant Marie en triomphatrice sur l¹hérésie. Ce sont les dogmes catholiques, relativement récents, surtout celui de l¹Immaculée Conception (1854), mais aussi celui de l¹Assomption (1950) qui ont entraîné des réactions au niveau protestant.
Le Père Beaupère, au regard des Evangiles, a évoqué le « chemin de foi » de Marie, qui du rôle de mère, passe à celui de disciple et de soeur. Elle est, selon lui, la première dans la communion des saints. Il qualifie la Marie protestante d¹ « évangélique », la Marie catholique de « dogmatique », et la Marie orthodoxe de « liturgique » ! Pour Nicole Fabre, Marie est la figure même du disciple, et on ne doit pas la dissocier de ce que nous sommes, chacun. Elle illustre l¹humilité, en acceptant de dire oui, l¹écoute, l¹acceptation de la parole de Dieu, et la coopération avec Lui. Comme elle, il nous faut croire jusqu¹au bout à la promesse de Dieu.
Dans le débat, une question a interpellé les théologiens : de quelle manière "Marie" peut-elle aider à l¹Unité des Chrétiens ? Ce débat apaisé a peut-être été un premier pas...
Catherine Berger et Martine Fleur